En fait, s'il était possible à
Steven Levy de mettre à jour ce code
d'éthique, aurait-il des éléments à modifier? Malgré le fait qu'il ait écrit
son article en 1984, ce qui correspond à l'époque de l'apparition de la
troisième culture d'internet, tel que décrit par
Martin Lessard, dans son billet sur
les six cultures de l'internet. Nous sommes à l'époque de l'apparition des
programmeurs de haut niveau, de vrais hackers qui ont un accès limité aux
systèmes ou ordinateurs, à internet (seulement qu'un millier de systèmes branchés
à l'époque), et encore moins à toutes les communautés qui foisonnent
maintenant, car Levy a écrit ce texte avant même l'apparition des communautés
virtuelles, tel que décrit dans le billet de Lessard. Il est reconnu que nous
devons beaucoup aux hackers et à leur entêtement d'avoir ouvert les portes à
l'accès aux outils de communications et par le fait même, à plus de
connaissances.
Mais est-ce qu'il y a le même genre de hacker aujourd'hui? Est-ce que malgré
les transformations extrêmes et l'accès beaucoup plus large à tous, nous sommes
en face du même genre de mission?
Pour tenter d'y répondre, j'ai repris chacun des items du code d'éthique
proposé par Levy et j'y ai ajouté mon interprétation selon la perspective de l’avant
et du maintenant.
Vous devez obéir à l’impératif de la
pratique : l’accès aux outils qui permettent de comprendre le
fonctionnement du monde devrait être total et illimité
À l'époque seulement quelques individus avaient accès à de gros systèmes,
avec un accès limité du genre un à la fois. Nous sommes maintenant très loin de
ces limites. On peut dire mission accomplie en partie, même s'il y a encore des
contraintes elles sont beaucoup moins grandes. Toutefois, il y a encore du
travail à faire, à titre d'exemple, nous avons juste à penser aux Chinois ou
aux Nord-Coréens. Bien que les premiers ont accès à la technologie, ils sont
loin de l'accès total et illimité!
Toute information devrait être libre et
gratuite
Le Web regorge de bibliothèques, de journaux, de forums, de blogues. Nous
disposons de moteur de recherche puissant et des outils capables de nous
fournir l'actualité en temps réel! Il reste que le coût d'accès par les
fournisseurs internet à payer. On est de plus en plus près de cette pratique
pour une foule d'applications! Le web recense plusieurs sites qui
proposent des logiciels libres et gratuits, et ce dans tous les domaines
(édition texte, statistique, cartographique, photo et vidéo, jeux, etc.). Mais
encore une fois, ce n'est pas égal partout sur la terre.
Méfiez-vous de l’autorité et faites la
promotion de la décentralisation
Encore une fois, à l'époque, seules de grandes entreprises ou universités
disposaient de systèmes. Puis de plus en plus d'entreprises ont développé
des produits ou applications en concurrence les unes par rapport aux autres.
Nous disposons maintenant du choix d'ordinateur disposant de système
d'opération entièrement ouvert ou entièrement fermé ou un entre-deux.
Malheureusement, il reste encore des entreprises très puissantes telles que
Microsoft qui ont de trop bons clients comme le gouvernement du Québec. Même si
nous sommes des centaines de travailleurs du milieu qui tentons de promouvoir
l'accès à des applications libres et gratuites, tout aussi sécuritaires et
fonctionnelles, nos fonctionnaires ont décidé de
renouveller avec eux, sans appel d'offres!
Mais au moins il y a une ouverture avec la création d'un centre d'expertise en
logiciels libres.
Les hackers devraient être évalués par
leurs actions et non par des critères factices comme les diplômes, l’âge,
l’origine ethnique ou la position hiérarchique
À mon avis, ce n'est plus un problème actuellement. Il y a certainement encore
de la ségrégation, mais en général les hackers sont beaucoup plus évalués par
leurs actions.
Vous pouvez créer de l’art et de la
beauté avec un ordinateur
Rendre l'ordinateur comme un outil de création, on y est! Malheureusement,
beaucoup l'utilisent à des fins douteuses telles que la pornographie,
l'extorsion, l'intimidation, etc.). L'extrait suivant, tiré d'un texte de
Partha
Dagupta image bien cette valeur chez les hackers:
The word “hacker” has a
checkered past. Originally the word was coined to mean an “extreme programmer”.
Normal programmers write programs that do normal things. Hackers are very sharp
people with a deeper understanding of how computers work and can write programs
that do things programs are not supposed to do. Programmers
can make computers compute, hackers can make a computer sing, dance and fly—or
crash.
Les ordinateurs peuvent améliorer vos
vies
On ne peut plus s'en passer! En 1984, on n’aurait pas pensé tout faire
ce qui se fait aujourd'hui sur une tablette électronique ou un téléphone
portable. Je passe sous silence l'accès à toutes les informations de qualités
pour améliorer la santé ou trouver de l'information sur n'importe quel sujet.
Comme la lampe d’Aladin, l’ordinateur
peut vous obéir au doigt et à l’œil
Avec mon nouveau iPad, c'est exactement ce qui se passe! Mais honnêtement,
j'ai longtemps haï mon PC et Windows! Nous sommes loin des ordinateurs centraux
auxquels ont avaient accès avec des terminaux. Nous avons accès à une multitude
d'applications qui nous permettent de réaliser à peu près n'importe quoi sur un
simple PC. Le pire maintenant, ce sont les logiciels conçus par certaines
entreprises et qui exigent de plus de puissance ou de mémoire sur l'ordinateur.
Ceci fait en sorte que nous devons changer d'ordinateur, car le nôtre est déjà
désuet en moins de 5 ans.
L'accès à internet actuel est maintenant facile. La disponibilité
extrêmement large d'accès à tous les réseaux, partout sur la terre, à toutes
les connaissances maintenant disponibles en quelques clics! Nous ne sommes plus
à la même époque. On constate que des hackers qui continuent à accéder à des
outils fermés tels que
Twitter, à des données consulaires
comme l'a fait
Julian Assange et son site wikileaks,
ou à faire un recensement internet par le biais d'un
botnet et d'une stratégie intelligente
de scanne des adresses IPv4 (voyez la carte, c'est impressionnant). Nous
sommes plus à l'époque ou seulement quelques hackers avaient accès aux outils,
maintenant ce sont des millions de programmeurs qui alimentent cette
communauté. Actuellement, plusieurs auteurs identifient deux groupes de hacker
soit, les bienveillants et les malveillants. Le premier se regroupe pour lutter
contre le deuxième groupe. Ces malveillants tentent de trouver des
failles partout pour les utiliser à leurs fins, rendre disponibles le code sur
le web dans des communautés virtuelles "underground" ou non, et
malheureusement, ces codes sont repris par des crackers ou des amateurs qui eux
n'ont pas d'éthique et feront des actes malveillants justes pour le fun, sans
aucune intention de respecter un code d'éthique. J'aime bien la description de
Danny Stieben des bons et méchants
hackers. Je la trouve simple et éclairante.
Un code d'éthique tacite comme celui-là demeure flou et permet une
interprétation large de la part d'une communauté vaste et hétérogène qu'est
celle des hackers! Malgré cela, elle est toujours d'actualité, et ce malgré
les énormes changements de l'univers Web. Il faut juste l'ajuster en fonction
de ce ces changements!
Bien sûr, les hackers prennent connaissance de cet accord tacite à partir du
moment où ils entrent dans cette communauté. Toutefois, chacun d'eux
l'interprète à sa façon. Actuellement, quand je pense aux firmes d'ingénieurs
qui passent à la commission Charbonneau et qui ont, en principe, à suivre un
code d'éthique clair de leur corporation professionnelle, est-ce une meilleure
garantie du respect de celui-ci?